Partager l'article ! BD : Le dragon bleu — Robert Lepage et Marie Michaud: Le 9e art éToilé d’émotion © Copyright, Alexandre B ...
Le 9e art éToilé d’émotion
C’est à travers la vivacité et l’agilité de l’artiste peintre Fred Jourdain que Robert Lepage et Marie Michaud ont
décidé d’adapter, en bande dessinée, la pièce de théâtre Le Dragon bleu; suite de la mythique pièce, devenue phare du théâtre québécois, La
trilogie des dragons.
À la fin du Dragon blanc, la troisième partie de la pièce, Pierre Lamontagne, un artiste visuel québécois, s’exile à Shanghaï emporté par son amour pour la culture chinoise. L’intrigue du dragon bleu se situe 20 ans plus tard, alors qu’il est contraint d’apporter des changements à sa vie.
Cheminement accidentel
L’histoire débute avec l’illustration de Pierre Lamontagne qui attend dans un aéroport, cellulaire à la main, son ancienne conjointe Claire Forêt, publicitaire chevronnée qui vient à Shanghaï pour conclure une demande d’adoption. Elle est en retard. La visite soudaine de Claire dans son monde revêt son lot d’attentes et d’espoirs. Il anticipe que sa présence l’aidera à se dégager de l’impasse dans laquelle il réside. Mais Pierre s’aperçoit que Claire traîne avec elle ses propres chimères alors qu’elle parvient au rendez-vous. Puis, elle lui mentionne qu’elle ne restera qu’une nuit.
Au lieu d’être
un soulagement pour Pierre, cette rencontre éclair comporte son lot de contrariété, car le destin a voulu qu’ils aient atteint le même stade d’évolution dans leur carrière. Ils plafonnent, sans
désir de se renouveler; préférant investir leur vie dans le développement d’autrui. Pour Claire, c’est son enfant adoptif, pour Pierre, c’est Xiao
Ling, une jeune artiste-peintre avec qui il vit une relation charnelle et affectueuse.
Tandis que Claire se rend au centre d’adoption pour chercher son enfant, Pierre organise le vernissage de sa flamme. Au retour, Claire a besoin de se confier à
Pierre, elle se dirige donc au vernissage. Mais elle apprend, par Xiao Ling, qu’il est rentré chez lui. La jeune artiste l’invite à sortir prendre un verre pour fêter son exposition. Cette
rencontre scellée par le destin amènera des changements profonds dans la vie des protagonistes qui les forceront à effectuer des choix pour transformer leur vie.
Le summum de la bande dessinée
Par la fine
précision des petits pinceaux, qui imprègnent d’une intensité et d’un réalisme plus grands que nature chaque illustration, par la puissance
des gros pinceaux qui nous rappellent la nature artistique de l’oeuvre, par la variété d’interprétation des tableaux illustrés de manière
concrète ou abstraite, même symbolique, comme une décharge d’inspiration chargée de l’émotion des circonstances qui ne se traduisent point — mais suggère beaucoup — cette
bande dessinée est une œuvre d’art.
Or, ces différentes techniques empruntées à l’art visuel ne l’écartent pas des principaux codes de la bande dessinée, on les reconnaît au premier coup d’œil. Chaque scène se présente dans un cadre aux contours bruts, inachevés qui leur permettent, à l’occasion, de se propager hors du cadre et d’envahir une pleine page et même une belle page (page double connexe), parfois, ils s’allient en se superposant. Cette richesse de variété dans la conception graphique offre une nouvelle découverte visuelle à chacune des pages. Elle captive le lecteur qui désire, en plus de poursuivre l’histoire, découvrir l’organisation de la prochaine page.
Une bande théâtralisée
Les illustrations de Fred Jourdain nous expriment l’histoire du Dragon bleu par le biais des émotions, comme au théâtre. Cette porte d’entrée vers le cœur mariée avec une conception graphique soignée amplifie notre immersion dans la vie des personnages principaux. Si l’on compare la lecture d’une bande dessinée traditionnelle à une visite au cinéma, la bande dessinée Le Dragon bleu, elle, incarne une soirée au théâtre.
Édition limitée à 3333 exemplaires (pour sa première édition) par Alto en collaboration avec Ex Machina, l’organisme à but non lucratif de Robert Lepage. Si vous aimez les créations de Robert Lepage, venez lire mon article sur l’adaptation au cinéma de la pièce de théâtre La face cachée de la Lune et ne manquez pas le film Mars et Avril qui sortira cet automne. Un des rares films de science-fiction à l’état pur du cinéma québécois.
Voici la bande-annonce de la pièce de théâtre Le Dragon bleu:
Robert Lepage en entretien à Radio-Canada Ontario
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